Antoinette Fouque, mère du livre audio

Figure emblématique du combat pour les droits des femmes en France, Antoinette Fouque raconte son invention du livre audio dans une série d'émissions À Voix Nue que lui consacre France Culture.

Mai 68 : Etudiants, ouvriers, intellectuels; et les femmes dans tout ça ?

Antoinette Fouque est sortie de l'anonymat en 1968, à la tête d'un groupe spontané qui n'entendait pas laisser l'effervescence de mai 1968 aux hommes. Elle reste associée à la création du Mouvement de Libération des Femmes (MLF) qui naît deux ans plus tard.

Une vision originale du combat des femmes

Le combat des femmes, aux yeux d'Antoinette Fouque, a pour enjeu de dépasser le féminisme, s'opposant ainsi à Simone de Beauvoir, qu'elle accuse de vouloir copier le modèle des hommes. Elle s'appuya sur la psychanalyse et sur la politique pour construire un féminisme dit « essentialiste », ou « différencialiste », qui insiste sur une « essence" » une spécificité des femmes. Pour elle, il existe des valeurs intrinsèquement fémi­nines, qui se fondent sur le fait de pouvoir donner la vie. Une capacité de création qu'elle étend par exemple à la création intellectuelle, à l'écriture féminine.

Antoinette Fouque a consacré quarante ans à penser le rôle des femmes dans la société, que l'on pourrait résumer avec cette citation extraite du livre d'entretiens accordés à Christophe Bourseiller (paru chez Bourin éditeur) : « Qu'une femme puisse réaliser sa vie amoureuse et professionnelle, qu'elle puisse aimer un homme et une femme, qu'elle puisse être mère et continuer à travailler, décider du moment où elle aura un enfant si elle le souhaite, qu'elle prenne la pleine maîtrise de sa force pro-créatrice ».

Du MLF aux éditions des Femmes

En 1973, Antoinette Fouque crée à Paris une librairie et bientôt une maison d'édition consacrée à l'écriture au féminin, au départ pour donner une place au textes de femmes refusées par le monde de l'édition envisagé comme un autre lieu du pouvoir patriarcal, dominé par la vision des hommes en matière de littérature et au-delà. Cette démarche singulière, une nouvelle fois, ouvre le débat avec celles qui pensent qu'il faut justement conquérir les maisons d'éditions et s'établir en leur sein face aux hommes.

L'invention du livre audio, hommage aux mères

Étonnant : dans l'entretien diffusé par France Culture, Antoinette Fouque s'attribue la paternité (ou ici maternité) du livre audio. Elle resitue cette initiative dans une démarche d'émancipation visant à permettre à toutes les femmes d'accéder aux textes qui les concernent.

Quand le cinéma est devenu parlant, ma mère a pu accéder à la culture.

Écouter le premier épisode de la série d'émissions consacrées à Antoinette Fouque dans À Voix Nue, sur France Culture :

Faut il y voir l'origine de ce préjugé tenace qui a longtemps réduit le livre audio à un sous-produit pour femmes au foyer ? Voici comment Antoinette Fouque relate la naissance de cette collection largement diffusée dans les bibliothèques et médiathèques, qui fut le point de départ d'un secteur à part de l'édition française :

En 1980, j'ai eu envie de faire une "bibliothèque des voix". A l'époque, il n'y en avait pas en France et très peu, non plus, ailleurs. Je voulais dédier ces premiers livres parlants à ma mère, fille d'émigrants, qui n'est jamais allée à l'école, et à ma fille qui se plaignait encore de ne pas arriver à lire, et à toutes celles qui entre interdit et inhibition ne trouvent ni le temps, ni la liberté de prendre un livre.
Je crois que par l'oreille on peut aller très loin... On n'a peut-être pas encore commencé à penser la voix. Une voix, c'est l'Orient du texte, son commencement. La lecture doit libérer, faire entendre la voix du texte -qui n'est pas la voix de l'auteur-, qui est sa voix matricielle, qui est dans lui comme dans les contes le génie est dans le flacon. Voix-génie, génitale, génitrice du texte. Elle y est encryptée dirait Derrida, prisonnière dirait Proust.


Antoinette Fouque en 2008

La « bibliothèque des voix » compte aujourd'hui plus de 100 titres. Des voix de femmes, bien sûr, mais pas exclusivement. Citons pour les femmes Nathalie Sarraute, Marguerite Duras, Françoise Sagan, Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Marie-Christine Barrault, Anny Duperey; et côté hommes Jean-Louis Trintignant, Jaques Duby, Michel Piccoli, Sami Frey, Daniel Mesguich, qui prêtent leur voix à Madame de Lafayette, Diderot, Balzac, Colette, Proust, Freud ou Stefan Zweig...

Sources :

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