Interview d'Alain Boulard de CDL éditions

Alain Boulard (www.cdldupli.com) : « J'aime laisser les comédiens-lecteurs me conseiller sur le choix des ouvrages qu'ils vont lire »

Alain Boulard est un passionné du son au point d'en avoir fait son métier depuis plus de 20 ans, et d'ouvrir son propre studio, près du Mans. A la fin des années 90 , il décide de se spécialiser dans le livre audio, à la fois par nécessité mais aussi convaincu par un comédien qui l'a profondément marqué. Entrepreneur dans l'âme, Alain Boulard n'hésite pas à parler chiffres, ce qui apporte un intérêt supplémentaire à ses propos.{bdosurtitre LivreAudio.Info, 2005.}

Alain Boulard : Nous nous sommes lancés dans le livre audio il y a cinq ans, à l'occasion d'une rencontre avec un comédien basé au Mans, Yves Belluardo (aujourd'hui décédé). Il était passionné de lecture. Et comme j'avais déjà le studio, je me suis intéressé à sa démarche.

Le point de départ, dans votre cas, c'est donc un studio d'enregistrement ?

Alain Boulard : Oui, nous sommes dans ce métier depuis plus de vingt ans. Jusqu'alors, la majeure partie de notre activité était l'enregistrement musical. Nous avons longtemps été le seul studio professionnel dans tout le département. Puis, petit à petit, la concurrence a émergé. Avant, pour monter un studio d'enregistrement, il fallait pouvoir investir dans du matériel qui coûtait une fortune : des magnéto multi-pistes, deux pouces par exemple... Maintenant, avec l'informatique, de nouveaux studios sont nés. La rencontre avec Yves Belluardo est arrivée juste au moment où nous commencions à sentir que l'activité «flottait».

Aujourd'hui, je suppose qu'il vous manque ?

Alain Boulard : C'est évident. C'était un excellent comédien, passionné par la lecture. Il connaissait ses livres à fond avant de venir ici. Quant il enregistrait, on ne pouvait plus l'arrêter. Je l'entends encore demander « allez, encore une petite heure de plus ! ». Impossible de l'arrêter !
Après le studio et le comédien, ne restait plus qu'une commande qui, par chance, est arrivée presque au même moment : c'était le bouquin de Cavanna « 4, rue Choron ».

Il y raconte l'aventure du journal « Hara Kiri », dans les années 60, sous forme de chroniques. Cavanna m'a dit qu'il s'était bien marré en redécouvrant son bouquin au format audio.

C'était donc le point de départ, il y a cinq ans !

Alain Boulard : Nous avons ensuite continué avec des titres de Alphonse Boudard, Alain Rémond, Didier Daeninckx... Ils sont dans l'ordre de parution sur le site

A chaque fois c'était une commande des éditeurs ?

Alain Boulard : Non, c'est toujours nous qui contactons les éditeurs, sur la base d'un coup de cœur.
Ça marche pas à tous les coups. Quelquefois c'est déjà pris par quelqu'un, ou les ayants-droits ne veulent pas, etc.
Des gens comme Acte Sud ne nous laissent jamais rien. Si tout le monde était comme eux, nous serions condamnés à disparaître. En revanche, coup de chapeau à Gallimard qui a sa propre collection de livres audio, mais ne nous pose pas de problème pour nous céder des droits. En contrepartie, nous mentionnons le copyright de la maison d'édition et le nôtre. Puis, nous leur payons des droits d'auteurs qui sont de l'ordre de 8% du prix de vente hors taxe, jusqu'à 13% s'il y a une traduction.

Comment choisissez-vous vos titres ?

Alain Boulard : Je suis à l'écoute des réactions de mes lecteurs. Quand un comédien-lecteur me dit « J'ai lu un bouquin extraordinaire », il réagit exactement comme s'il était membre d'un comité de lecture. Donc, généralement, son «coup de cœur» littéraire conduira à un enregistrement. Je crois qu'il est préférable de leur faire confiance plutôt que d'imposer un titre parce que, si un comédien n'est pas dedans, ça ne sert à rien.
Comme le fait VDB, j'emploie des comédiens de la région. Nous n'avons pas de grands noms, parce que nous aurions bien du mal à les payer ! Nous payons en prenant pour base le nombre d'heures finales, en général autour de 450 euros net l'heure. Mais ce sont des gens qui ont vraiment une bonne voix. Par exemple Denis Wetterwald, qui anime des lectures publiques. Ou encore Lionel Epaillard, qui a une voix très douce, à la Jean Topard je dirais. Un vrai délice !

Parce que j'imagine qu'une fois que vous avez les droits, vous pouvez vous débrouiller tout seul ?

Alain Boulard : Oui, ici, nous faisons absolument tout, de A à Z, de la lecture à la mise sous cellophane finale. Absolument tout ! Nous préférons travailler sur des petits volumes, ne pas avoir de stock, et signer des contrats pour 100 ou 200 pièces, renouvelables. Mais si on me demandait d'entrée de jeu des droits pour 5.000 pièces, ce serait dur à sortir en trésorerie. D'autant plus que rien n'indique qu'on ne va pas rester avec des exemplaires sur les bras. Il faut savoir que ces 5.000 exemplaires ne pourront s'écouler qu'en trois voire quatre ans. De manière générale, j'estime que pour 100 livres papier, il se vendra 1 livre audio.

En fait, pour vous, professionnel de l'enregistrement, à combien estimez-vous le coût d'une production ?

Alain Boulard : Justement, comme je réalise et fabrique moi-même, j'ai du mal à évaluer. Mais je dirais qu'un éditeur qui aurait besoin de tout pourrait avoir besoin de 7.000 euros. Encore une fois, il faut bien voir que l'informatique a énormément simplifié les processus, de montage et de duplication des CD.

Comment vous-imaginez-vous vos clients ?

Alain Boulard : Moi quand je fais un montage, j'aimerais que le lecteur soit chez lui, dans la pénombre, assis dans un fauteuil, avec un casque sur les oreilles. Il faut que ça rentre bien dans les oreilles sans bruits intempestifs. Je préfère cela à l'imaginer dans sa voiture. Ecouter un bouquin en faisant autre chose, c'est pas mon objectif. Je préfère quelqu'un qui prenne le temps d'écouter. Je crois aussi que, dans 75% des cas, c'est une femme, qui a autour de la cinquantaine.
Mais j'ai remarqué que les gens n'achètent pas souvent pour eux. La grande demande est encore constituée par les mal-voyants ou les handicapés qui ont du mal à lire un livre, pour lesquels le livre audio va apporter une aide.
J'aimerais avoir un public plus jeune, qui ait à la fois l'habitude d'écouter et de lire. Ça devrait arriver un jour !

La distribution, c'est un problème pour vous ?

Alain Boulard : Jusqu'à présent je me contentais d'un petit réseau, constitué de gens à qui je tire mon chapeau. Maintenant, je suis à la recherche d'un gros distributeur pour passer à un stade plus « sérieux » je dirais.
En ce moment, j'ai « Le Livre Qui Parle » qui me distribue dans certaines FNAC. Mais pas toutes, comme celle du Mans où il n'y a plus de livres audio. Mais il faut dire que leur rayon littérature est deux fois plus petit que le rayon BD !
J'ai un distributeur sur le Mans, « Libra Diffusio » spécialisé dans les livres en gros caractères et qui a donc la même clientèle que moi. Et deux boutiques parisiennes, « Mots et Merveilles » et « Nicole Lafourcade Diffusion » (très présente dans les médiathèques et bibliothèques de la région parisienne).
Chez France Loisirs, nous avons un titre « Le Grand Meaulnes ». Ils font partie des distributeurs que je qualifie de « gourmands » puisqu'ils ne nous laissent que 10%. De notre point de vue, cette opération n'est qu'un coup de pub. A l'intérieur de chaque coffret nous laissons notre petite carte de présentation. C'est ce qui nous a motivé pour travailler avec eux.

Est-ce que vous êtes aidé dans votre activité ?

Alain Boulard : Non, nous ne recevons aucune aide ni subvention. J'ai bien fait des demandes auprès du Conseil Général, Conseil Régional, mais on nous dit qu'il n'existe rien pour le livre audio. Si au moins nous pouvions avoir des stands gratuits dans les foires aux livres, ce serait bien ! Un stand dans un salon, c'est trop cher pour être rentabilisé par les ventes qu'on y fait.

Au final, est-ce que vous êtes satisfait de votre pari en faveur du livre audio ?

Alain Boulard : Oui, il fallait le faire. Aujourd'hui, cinq ans après, cela représente bien 90% de notre activité. Mais, au niveau de ce que ça rapporte, c'est pas extra ! La distribution est de plus en plus gourmande. Au départ, ça représentait 45% , maintenant ça peut aller jusqu'à 55-56 %. Qu'est-ce qui nous reste une fois que l'on a payé le comédien, l'enregistrement, la fabrication ? 10% peut être en se débrouillant bien.
Moi, ce qui m'aiderait, si j'étais bien distribué, ce serait d'être sûr de vendre, pour chaque titre, au moins 500 exemplaires.

Qu'est-ce que vous pensez des formules de téléchargement qui apparaissent petit à petit ?

Alain Boulard : J'en pense qu'à partir du moment où la technologie avance, il faut faire avec ! Mais je ne suis pas convaincu par le système. Je crois que mes clients aiment bien avoir un objet entre les mains, sauf à le considérer comme un produit jetable. C'est différent qu'un beau coffret avec jaquette que l'on garde dans sa bibliothèque. Mais allez savoir comment sera la nouvelle génération de consommateurs !

Pour terminer, notre question traditionnelle : Quels seraient les trois livres audio que vous recommanderiez, qu'ils se trouvent dans votre catalogue ou pas ?

Alain Boulard : Tous se trouvent sur notre site www.cdldupli.com
1/ Le jour avant le lendemain
2/ L'éternel mari
3/ La note sensible

(Propos recueillis par Denis Lacassagne le 28 janvier 2005)

Alain Boulard, 55 ans, passionné de son, a fondé CDL Dupli il y a 15 ans. Il décrit CDL Dupli comme étant « une toute petite entreprise », dans laquelle ne travaillent à temps plein que son épouse et lui, aidés par une stagiaire. Il aimerait qu'il y ait quatre personnes. La prochaine étape consistera à développer le site Internet, en lui ajoutant des extraits sonores, ainsi que la commande en ligne.

source: Interview d'Alain Boulard, CDL éditions

 

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