« L'audio doit être un bonus, une proposition et un enrichissement. »

« Dussolier qui lit Proust, c'est fini ! » Avec les éditions de La Contre Allée, basées à Lille, la lecture in extenso d'œuvres littéraires laisse place à des projets contemporains singuliers, investissant écriture et audio avec le même enthousiasme. Rencontre.

 

Concrètement, de quelle manière La Contre Allée envisage-t-elle le livre audio ?

Récemment, nous avons publié l'ouvrage d'Amandine Dhée et de Carole Fives, qui s'intitule Ça nous apprendra à naître dans le Nord. Une fois que le lecteur a acheté le bouquin en librairie, il trouve un code qui lui permet, en ligne, de télécharger des adaptations du texte en mp3.

Ce n'est pas le cas avec tous les livres de votre collection...

Ce n'est pas systématique ; cela dépend effectivement des livres publiés. Nous considérons que ces enrichissements doivent vraiment se justifier. Ce n'est pas un simple gadget. Le mp3 doit pouvoir être une autre entrée dans le texte. D'ailleurs, on constate que les gens qui achètent le livre sont encore peu à télécharger l'adaptation audio. La pratique n'est pas très courante... Pourtant, dès l'origine de la maison d'édition, nous nous intéressions à l'audio. Et le premier livre que nous avons publié était accompagné d'un CD...

D'où vient cet intérêt pour l'audio ?

Nous venons du monde du spectacle et nous avons beaucoup travaillé sur l'adaptation de textes, sur la mise en voix ou en musique... Et puis la maison s'intéresse principalement à la thématique « mémoire et société ». Donc la citoyenneté et la transmission des savoirs font partie de nos préoccupations. Si nous travaillons sur l'audio, c'est que le projet s'y prête, mais aussi que notre vocation est de proposer un savoir à des personnes qui n'ont pas accès à la lecture.

Comment motivez-vous le choix de la gratuité pour ces pistes audio ?

Le supplément n'est pas gratuit... Pour l'obtenir, il faut tout de même acheter le livre. D'autant que, pour nous, l'enregistrement audio coûte généralement plus cher que la phase d'impression. Mais l'idée, c'est aussi d'amener les gens à découvrir notre site grâce à ces compléments sonores. La Contre Allée se définit comme un espace de ressources et de recherches et nous espérons avant tout alimenter la réflexion de nos lecteurs. Si, une fois sur le site, ils se disent : « tiens, ils ont aussi des bouquins sur l'urbanisme et les mutations urbaines... », c'est gagné.

Lors de la phase d'enregistrement, vous avez défini des contraintes ?

Généralement, nous préférons que ce soit l'auteur lui-même qui lise son texte. Lucien Suel, l'un de nos auteurs, est poète et l'oralité a clairement un sens pour lui. C'est sa voix, son écriture... On pourra toujours confier ça à un comédien mais, a priori, l'auteur est censé être le dernier à trahir son texte. En général, nous préférons les enregistrements en studio... Mais actuellement, nous travaillons sur un livre de Robert Rapilly et l'auteur est accompagné d'un musicien lors de ses lectures publiques. Leur dialogue est largement improvisé et ce serait impossible de retrouver ça en studio. En guise complément audio, on risque donc de proposer un enregistrement sauvage effectué au théâtre Massenet. C'était fantastique, une excellente prise.

Pensez-vous que le numérique est en train de tuer le livre ?

Je crois que les livres sont avant tout des véhicules et que le support ne doit jamais être une finalité. C'est pourquoi nous sommes attentifs à ce qui va se passer avec le numérique. Mais il y a encore beaucoup de choses qui nous échappent : modes de diffusion, de distribution... Je pense que les évolutions numériques auront surtout une influence sur l'écriture. Demain, on proposera des feuilletons, des bouquets, etc. C'est en mouvement, mais il y aura toujours des gens intelligents pour s'emparer des outils et les détourner.

A quoi ressembleront les livres que publiera La Contre Allée dans dix ans ?

Bonne question... Des innovations sont encore possibles, c'est sûr. On ne fera peut-être plus que de l'audio. Ou alors on aura renversé la logique : on ira de l'audio vers un beau livre, par exemple. Je pense à l'interprétation de L'homme à la tête de chou, par Bashung, sorti en octobre 2011. Ce n'est pas seulement un album, c'est également un superbe livre.

Plus d'informations sur http://www.lacontreallee.com/

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