Interview de Nicolas Francannet de StoryLab

Une interview de Nicolas Francannet :

N. Francannet : "Je n'aime pas le terme "livre augmenté"...pour moi, c'est "une expérience littéraire multimédia". C'est littéraire, car écrit par un auteur, mais ce n'est plus du livre, un livre, c'est physique, ici c'est plus que du livre."

Nicolas Francannet est l'un des présidents fondateurs de StoryLab qui propose de nouvelles expériences littéraires multimédia. Cette maison d'édition créée par 4 amoureux de la littérature a fêté sa première année d'existence le 22 février dernier.

 

Pouvez-vous commencer par décrire "qui" est StoryLab ?

Nicolas Francannet : Nous sommes 4 partenaires aux profils très complémentaires. Je suis spécialisé dans le marketing et la diffusion de contenus des nouveaux média. Un de mes associés est un développeur d'applications web, un autre est juriste, spécialiste du droit d'auteur et enfin, Renaud Leblond, ancien patron de la fondation Lagardère, auteur et directeur de collection s'occupe de la ligne éditoriale de StoryLab.

D'où vous est venu l'idée de créer une maison d'édition pour du contenu numérique ?

N. Francannet : A l'époque nous travaillions chacun pour des sociétés différentes mais nous avions tous l'envie d'entreprendre. De fil en aiguille, notre gout commun pour la littérature nous a donné des pistes pour nous lancer.
Nous avons commencé par réaliser une étude de marché pendant un an. A la fin de cette étude, nous nous sommes rendus compte que les gens parlaient beaucoup de numériser les catalogues existants mais ne mentionnaient pas la création. Il n'y avait rien sur le contenu qui allait être créé directement pour des plateformes numériques, rien sur un contenu pensé en amont pour ces nouveaux usages de lecture.

Nous sommes donc partis de la base de la littérature : les feuilletons. Ils étaient extrêmement populaires au XIXe siècle et ce format court est très adaptés aux nouveaux usages et terminaux de lecture. Nous avons mélangé l'idée du feuilleton et ce qui fonctionne dans les séries TV...c'est à dire des épisodes qui finissent avec un cliffhanger.

Nous avons ensuite mis en place deux formats d'achat. Pour certains ouvrages, nous offrons les premiers chapitres avant de rendre la suite payante. Pour d'autre, l'achat du livre se fait directement. Cela dépend des contenus multimédia, nous avons de longues discussions avec les auteurs à ce sujet avant la publication. Mais quelque soit le format, nous sommes toujours moins chers qu'un livre de poche.

Vous avez mentionné différents contenus multimédia, vous créez donc de véritables "livres augmentés" ?

N. Francannet : Oui, c'est le concept sur le numérique...nous voulions faire du court et aller plus loin dans les concepts éditoriaux de façon à proposer une vraie valeur ajoutée au texte, une expérience littéraire qui va au-delà du livre. Un auteur écrit un texte et nous voulions ajouter la notion d'interactivité à cela. Mais à vrai dire, je n'aime pas le terme "livre augmenté"...pour moi, c'est "une expérience littéraire multimédia". C'est littéraire, car écrit par un auteur, mais ce n'est plus du livre, un livre, c'est physique, ici c'est plus que du livre.

Pour les contenus, nous avons commencé par introduire des bonus par rapport à l'auteur, pour créer une sorte d'intimité avec le lecteur. On s'était rendu compte que quand on passait 2 heures avec un auteur, on avait encore plus envie de le lire...c'est donc de là que sont venus les bonus avec des vidéos courtes d'interview sur le livre mais aussi sur la vie de l'auteur, sa façon d'écrire, ses inspirations...
Il y a aussi le bonus audiobook, c'est l'auteur lui-même qui le lit...avec ses émotions, son rythme...de la manière dont il l'a écrit. Puis nous avons ajouté le forum qui permet aux lecteurs d'échanger mais aussi aux auteurs de pouvoir intervenir et de dialoguer.

Y a-t-il eu une réticence de la part des auteurs à partager autant au sujet de leurs livres?

N. Francannet : Pas vraiment...il y a eu une certaine résistance au sujet de l'audiobook. Plusieurs auteurs n'étaient pas très à l'aise à l'idée de lire leur texte notamment parce que lire est un métier à part entière, mais nous leur avons expliqué qu'il était important que ce soit eux qui lisent, avec leur voix et leurs émotions. L'audiobook n'est actuellement pas complet. Plus tard, nous voulons proposer un audiobook complet, lu par des comédiens tout en essayant quand même de garder un bonus avec la voix de l'auteur sur un extrait du texte.

Vous avez créé une application sur l'AppStore d'Apple puis avez signé un partenariat avec Bouygues Télécom pour distribuer vos oeuvres auprès du public à travers un portail dédié.

N.Francannet : Oui, le marché se tourne de plus en plus vers les smartphones et nous avons décidé de nous développer autour de deux technologies principales. L'OS d'Apple pour toucher les iPhones, iPads et iPods Touch et Androïd, l'OS de Google qui est de plus en plus répandu et a récemment dépassé l'iPhone. Ce type de smartphone permet de développer des applications très riches.
Bouygues est l'opérateur qui est revenu le plus vite vers nous après nos premières démarches pour lancer un portail StoryLab. Cependant, nos livres sont aussi disponibles en format ePub (voir lexique) via plus de 80 plateformes. Il est donc possible de les découvrir sur ordinateur par exemple avec les contenus bonus liés sur le site gratuitement.

Avez vous prévu de proposer un portail similaire à celui de Bouygues Télécom aux abonnés d'autres opérateurs mobiles ?

N. Francannet : Tout à fait...à vrai dire nous lançons une application sur l'App Shop d'Orange le 1er mars. Nos livres étaient déjà disponibles en format ePub grâce à leur plateforme "Read'n'Go" mais cette fois-ci, ce sera l'application complète, comme proposée aux abonnés de Bouygues.

Vous proposez un choix très variés de livres, à destination de publics différents, comment le lectorat réagit-il par rapport aux oeuvres ?

N. Francannet : Nous avons pris le parti de ne pas cibler un public en particulier car nous pensons que tout les types de public peuvent être intéressés par le multimédia. Notre catalogue est très éclectique de façon complètement volontaire. Dans le format court adapté aux nouvelles technologies, il y a des feuilletons, des nouvelles, des essais...on retrouve plein de choses. Un contenu doit être court, incisif et très addictif. Nous avons même le projet de sortir un roman historique...

On ne connait pas encore vraiment les gens qui lisent des histoires de StoryLab...on sait qu'ils existent...on sait que leur nombre augmente. On constate un vrai engouement depuis 2011...il y a un véritablement frémissement autour de la création numérique, je pense qu'il y aura une véritable révolution autour du sujet en 2012.

On peut quand même dire que notre public ne semble pas du tout sensible à la notoriété des auteurs, c'est assez étonnant. On a signé des auteurs très connus et d'autres absolument inconnus...mais on ne constate aucune de différence au niveau des ventes. Pour tout dire, notre meilleure vente est Real TV écrit par Hieronymus Donnovan, qui n'était pas connu avant cela... L'histoire est centrée autour de deux ado dans les années 90, c'est un livre qui a vraiment trouvé ses lecteurs.
Je pense que c'est peut-être ça notre cible principale... Des gens entre 25 et 40 ans, qui travaillent, qui n'ont pas forcément beaucoup de temps mais qui ont envie de se cultiver, de se divertir intelligemment.

Est-ce que vous pensez que les lecteurs recherchent justement des auteurs inconnus pour ces nouvelles expériences de lectures plutôt que des auteurs déjà établis ?

N. Francannet : Vous savez, tous nos textes sont des inédits. Nous avons par exemple un tout nouveau Yasmina Kadra qui vient juste de sortir (ndlr : le 14 février) qui n'avait jamais été publié.
StoryLab est un bon tremplin pour des jeunes auteurs qui ont du talent. Cela leur permet de se faire repérer...par exemple, Fanny Chesnel qui a écrit La Grande Fugue chez StoryLab a ensuite signé son premier roman, Une jeune fille aux cheveux blancs chez Albin Michel et c'est un très gros succès. Thibault Lang-Willar a signé chez Héloïse d'Ormesson après avoir écrit pour StoryLab.
Cette nouvelle littérature fait émerger de nouveaux talents. Les feuilletons sont un très bon exercice et un très bon apprentissage. Denis Parent, auteur confirmé et déjà publié chez plusieurs éditeurs a écrit WUULL (à paraitre) pour StoryLab et nous a expliqué que le travail stylistique propre au format feuilleton l'a obligé a écrire de façon plus dynamique et l'a fait beaucoup progressé.

Avez-vous d'autres envies pour développer votre maison d'édition ?

N. Francannet : Nous avons de nouveaux projets en terme de contenu multimédia. Le LAB dans "StoryLab" signifie à la fois "label", ce qui implique une certaine cohérence dans l'édition mais aussi "laboratoire". Nous voulons tester des choses...En 2011, nous allons nous focaliser sur l'intégration de l'enrichissement média au fil du texte. Pour l'instant, les bonus sont à coté du texte mais nous voulons mixer les deux.
Nous souhaitons aussi faire travailler les artistes ensemble en studio... Nous avons un projet pour la fin de l'année avec Alain Fleischer et l'IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique). L'auteur et un musicien travaillent ensemble en studio pour écrire la musique et l'histoire, il y aura donc une véritable bande originale du livre.

 

propos recueillis au téléphone par Morgane Audoin le 22 février 2011.

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