Où en est le livre audio en France ?

Pourquoi le marché du livre audio n'est-il pas encore à la hauteur des espérances en France ? Voilà une question qui taraude bon nombre de ses promoteurs. Pour y réfléchir, l'association Lire dans le noir a réuni les professionnels concernés en amont de la remise de son prix annuel.

Ce mercredi 21 novembre, c'est en comité restreint que l'association Lire dans le noir a souhaité rassembler quelques éditeurs de livres audio, libraires et responsables de médiathèques. Le but annoncé de cette conférence : construire un avenir plus solide pour le marché du livre audio. Oui, mais comment ?

Un sondage réalisé auprès de plus de 300 internautes et 16 éditeurs a permis d'établir un état des lieux du livre audio en France. La majorité des répondants sont des femmes et des actifs. 80 % d'entre eux sont déjà audiolecteurs et 55 % d'entre-eux sont des acheteurs réguliers.

Les aspects positifs soulevés sont liés à son accessibilité aux publics empêchés et répond également à l'évolution des modes de vie, de plus en plus nomades. Ce support est aussi considéré comme un moyen, pour les apprenants, d'accéder facilement à la langue française. La qualité de la forme, de l'ambiance et de l'interprétation de l'oeuvre sont des critères partagés entre le positif et le négatif : l'imposition d'un interprète ou d'un habillage sonore tend par exemple à gêner certains audiolecteurs. Le livre audio reste néanmoins coincé dans sa bulle de préjugés. Pour beaucoup, c'est cher et destiné aux aveugles et aux enfants.

Ça viendra - 20 ans après tout le monde - mais ça viendra. (Arnaud Mathon, directeur de Livraphone-Sixtrid)

Oui, mais en attendant, on ne va tout de même pas se tourner les pouces. Plusieurs pistes de réflexion ont été explorées, dont certaines plutôt optimistes.

L'offre trop faible est considérée comme l'un des freins au développement de ce mode de lecture. À titre de comparaison, un pays comme l'Allemagne propose entre 2000 et 3000 nouveautés par an alors que la France peine à atteindre 300 productions par an. Selon Arnaud Mathon, le problème résiderait dans un manque de visibilité en librairie. En effet, les libraires indépendants sont beaucoup plus répandus outre-Rhin et ne se battent pas avec des géants tels que la Fnac. Et lorsque l'on en trouve sur les étagères des libraires, il est quasi impossible d'en écouter des extraits. La démarche est alors comparable à l'achat d'un livre papier sans même l'avoir feuilleté. L'alternative à des bornes d'écoutes (coûteuses et difficiles à imposer chez les libraires) a été trouvée avec l'intégration de QR codes sur les pochettes des livres. Après avoir scanné le code sur un smartphone, vous accédez à une URL proposant un extrait sous forme de fichier audio.

Le prix est également un frein, le plus gros même. Généralement aligné sur le livre papier grand format (à 1 ou 2 euros près, précise Valérie Levy-Soussan, directrice d'Audiolib), le prix d'un livre audio n'atteindra jamais celui du livre de poche : les coûts de réalisation sont trop élevés. Les prix ne baisseront que si la diffusion augmente.
La question de la gratuité se pose également. Est-ce que les documents gratuits, principalement enregistrés par les bénévoles des associations d'aide aux déficients visuels, nuisent au développement du marché ? La réponse est non puisque, selon la responsable des droits de cession chez Albin Michel, ceux-ci font des demandes spécifiquement pour les livres qui n'ont pas encore été édité en audio. On peut alors conclure que si l'offre augmente, il y aura de moins en moins de demandes de ce type. Les éditeurs se trouvent au sein d'un véritable cercle vicieux.

La solution est de faire grandir l'intérêt du public pour le livre audio. Les bibliothèques et médiathèques constatent une demande en augmentation, mais le manque de nouveautés ne permet pas à leurs fonds de grandir autant qu'ils le souhaiteraient. L'éducation nationale peut également utiliser ce support en classe afin de le faire découvrir aux adolescents, une tranche d'âge qui connaît peu les livres audio. Dans les médias, la présence des livres audio reste trop faible. Alain Boulard (CDL Éditions) soutient que se faire connaître est la croisade principale des éditeurs. Le rôle des radios a aussi été soulevé, notamment les radios régionales qui pourraient utiliser les livres audio pour compléter leur grille de programmes avec des contenus de qualité.

Cependant, il a été constaté que les pratiques d'écoute de documents sonores, notamment de podcasts, se répandent. Après un essor en 2008, la part du marché du livre audio continue d'augmenter, doucement, mais sûrement.

Cette conférence était animée par Anne Brunel, journaliste à Radio France.

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