La suite de Shining ?

Stephen King a, semble-t'il, digéré l'affront que lui avait fait Stanley Kubrick voilà trente-cinq ans en réécrivant Shining pour l'adapter au cinema. Il ose enfin livrer à ses lecteurs une suite à ce chef d'œuvre de la littérature de l'angoisse, mais sans tomber dans le travers de la suite-remake.

Les thèmes de Shining, la folie, la désintégration de la famille ou encore l'alcoolisme, servent ici de point de départ, mais l'histoire s'étire bientôt vers d'autres univers : les confins de la conscience, la lutte contre le désespoir, la mort qui donne sens à la vie.

Le lien avec Shining, c'est la filiation. Dan, le fils de Jack Torrance (alias Jack Nicholson dans le film), est le héros de ce roman noir, dont la vie défile jusqu'à l'âge adulte sous le signe de la peur. En errance dans les bourgades sinistrées de l'Amérique profonde, avec sa mère puis livré à lui-même, Dan parvient à combattre par la force de son esprit les fantômes du drame de l'Overlook (l'hôtel sinistre de Shining aux immenses couloirs). Il reste profondément handicapé par « le don », ce sixième sens lui permettant d'entrer en contact avec les morts, dont il est l'esclave et que seul une forte dose d'alcool peut lui faire oublier.

Pourtant, Doctor Sleep est bien plus qu'une suite. La meilleure preuve, c'est qu'on peut s'y plonger sans avoir lu Shining. Grâce à ce livre audio, j'y ai retrouvé mes sensations de lecteur, lorsqu'à l'adolescence je dévorais Salem, Simetierre ou Ça d'une traite. Cette fois, je découvre une dimension nouvelle, plus ouverte vers l'universel contemporain, vers les angoisses infimes et omniprésentes de notre propre quotidien, au delà des situations d'horreur exigées par le genre. L'univers de Doctor Sleep est celui du désespoir universel, un monde désillusionné où les plus lucides sont les plus vulnérables. On y sent l'humanité mûrie de Stephen King et la sincérité de son affection pour cet enfant, ces hommes et ces femmes qui se débattent dans leurs vies sordides

Le + de la version audio :

Les choix d'interprêtation opérés de Julien Chatelet lui permettent de déployer une palette de voix vraiment subtile pour certains personnages, en particulier ceux qui font irruption dans le récit et pour lesquels la narration n'annonce pas forcément l'arrivée. C'est le cas pour la voix de Dick Halloran, l'ancien cuisinier de l'hôtel Overlook qui jouera le rôle de mentor auprès du jeune Danny en l'aidant à lutter contre ses visions. Tout au cours de sa vie, Danny entend Dick Halloran lui parler « en esprit » et l'aider à faire ses choix ; on croirait la vraie voix, bienveillante, d'un afro-américain parvenu à l'âge mur, reproduite sans forcer le cliché. Bluffant.

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