Une vérité à lire et à entendre

Prix Goncourt des lycéens et Grand Prix du Roman de l'Académie Française en 2012 puis Prix Audiolib en 2013, Joël Dicker continue de faire sensation avec son second roman : La vérité sur l'affaire Harry Quebert.

Valérie, chroniqueuse littéraire sur son blog Val aime les livres, a lu (avec ses yeux) et ensuite lu (avec ses oreilles) ce polar de Joël Dicker. Retrouvez dans ses chroniques son avis, son pressentiment et ses impressions face à la (re)lecture en audio.

Suite à la lecture papier, au mois d'octobre 2012, Valérie écrit :

Je ferai la fine bouche sur des détails mais soyons honnête, les 670 pages de ce roman se dévorent. Le plaisir que j'ai éprouvé à cette lecture a varié selon les pages. Les cent premières pages, qui mêlent réflexions sur la littérature et sur l'Amérique pré-Obama m'ont enchantée. L'affaire Lewinski qui restera la seule trace que nous garderons de Clinton, alors que sa politique fut de qualité en est un exemple. Et puis, ce roman qui commence par le chapitre 31 qui n'est en fait pas vraiment un numéro de chapitre mais plutôt l'un des trente-et-un conseils donnés à Marcus par Harry, surprend dans sa forme. Parce qu'il est question de deux écrivains et de leurs romans, il y a des extraits de romans dans le roman mais aussi des répétitions puisque les deux romans sont liés à la réalité et que certains passages font partie d'un roman et de la réalité, à deux moments distincts. La construction est donc originale et intelligente.[...]

Ce roman pose de nombreuses questions dont à mon avis, la plus importante est de savoir si une œuvre est forcément intimement liée à l'auteur ou si elle a une vie propre. Ainsi, quand Harry est perçu comme coupable d'une relation avec une adolescente, son roman, considéré comme un chef-d'oeuvre, disparaît des librairies car il devient un symbole de perversité. On sourit aussi, parce qu'on se doute bien que ce doit être parfois vrai, quand Harry dit qu'on a trouvé dans son roman des interprétation qu'il n'y avait pas mises. Et Joel Dicker décrit à merveille ces hommes qui subissent et qui un jour, sont pris d'un accès de violence ou se vengent en prenant le pouvoir d'une manière inattendue sur leurs femmes. Mais, car il y tout de même deux mais, j'ai été agacée par les "Nola chéri" et "Harry chéri" qui ponctuent les dialogues entre Harry et Nola, dialogues que j'ai trouvés ridicules au possible : « Oh Harry chéri, ne faites pas cette tête de chien malheureux. Promettez-moi de n'être plus jamais méchant ».

Certes, le fait que ça sonne faux trouve une explication fort plausible mais je ne peux imaginer qu'un roman avec de tels dialogues rafle les prix littéraires les plus prestigieux. Et mon autre bémol concerne la fin, une vraie fin de polar alors que j'espérais autre chose, un rebondissement littéraire peut-être, m'expliquant qu'Harry n'existait pas mais n'était qu'un personnage de Marcus. Il faut dire que le thème lié à l'explication de l'intrigue policière (car il y a une autre intrigue bien plus intéressante) n'est pas ma tasse de thé. Mais là, je pinaille car c'est vraiment un très bon roman, avec des symboles très forts: le journal de Tamara qui lui tient lieu de coeur, elle qui ne sait pas exprimer ses sentiments et le portrait de Nola qui exprime le sentiment de culpabilité de l'un des protagonistes. Comme dans tout roman réussi, il y a un personnage inoubliable, Caleb. [...]

Lu dans le cadre du Prix Goncourt des lycéens. Il est amusant de constater que l'écriture du second roman d'un écrivain est au coeur de l'histoire des deux écrivains et que ces deux romans deviennent des best-sellers. Or, Joël Dicker publie là son second roman. Et-ce une manière pour lui de conjurer le sort ou tout simplement d'exprimer cette angoisse provoquée par deuxième roman ?

Suite à la lecture audio, au mois de mai 2013, Valérie écrit :

C'était la première fois que j'écoutais un livre que j'avais précédemment lu.[...] Ce fut une expérience intéressante mais j'ai pensé, au début, qu'elle ne serait pas en faveur de la version lue. Il se trouve qu'après ma lecture, j'avais rencontré Joël Dicker avec mes lycéens pour le Prix Goncourt des lycéens et que sa voix s'était a posteriori greffée sur le texte. J'ai donc eu du mal à m'habituer à la voix du lecteur, Thibault de Montalembert. Je me suis aussi rendue compte que, contrairement à ce qu'on peut imaginer, il m'est plus difficile de rentrer dans un texte lu s'il comporte beaucoup de dialogues mais n'est lu que par un lecteur car forcément, il y alors un côté artificiel, soit le lecteur change sa voix et c'est souvent ridicule, à moins de s'appeler Emmanuel Deconinck, soit il ne la change pas, comme Arnaud de Montalembert et le dialogue a deux voix identiques. Pourtant, assez vite, je me suis habituée à la lecture et j'ai même fini par vraiment l'apprécier. La suite m'a d'ailleurs montré que ce lecteur réussit à me faire écouter en entier des textes qui ne me plaisent pas beaucoup.

Étrangement, ce qui m'a beaucoup gênée dans la version papier, à savoir les « Harry chéri » et « Nola chérie », m'ont semblé ici tout à fait naturels et même une scène très importante dans le passé de Nola, qui m'avait agacée la première fois, ne m'a pas fait du tout le même effet. La seule scène qui m'a gênée est une toute petite scène. Bref, je ne m'imaginais pas retrouver ce plaisir à la relecture de ce roman dont on peut s'étonner (et je m'en étonne aussi) qu'il ait reçu le Prix de l'académie française, même si à mon avis, il y un jeu intéressant sur les expressions anglaises traduites en français mais il méritait amplement le Prix Goncourt des lycéens pour sa manière de nous embarquer dans son histoire. Je décerne une mention spéciale à Thibault de Montalembert qui vient sans doute d'entrer dans mon top 3 des lecteurs.


Pour retrouver l'intégralité des chroniques, rendez-vous sur le blog de Valérie :

Chaque 16 du mois, Valérie organise sur son blog le Challenge Écoutons un livre destiné à encourager les blogueurs à chroniquer des livres audio. Pour en savoir plus sur Valérie, découvrez également son « rituel d'écouture ».

Book d'Oreille remercie chaleureusement Valérie d'avoir accepté de partager ses chroniques.

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