Laurent Gaudé à voix haute

Lors de la remise du Prix Lire dans le Noir le 5 décembre dernier, Book d'Oreille a rencontré Laurent Gaudé, parrain de l'événement, pour une interview.

Dans cette interview conduite par Lauren Malka de MyBOOX, Laurent Gaudé répond à quelques questions sur son engagement auprès de Lire dans le Noir, son rapport d'écrivain à l'oralité et ses conseils de lecture.

Lauren Malka : Comment avez-vous découvert le prix Lire dans le Noir et quel est votre rôle en tant que parrain ?

Laurent Gaudé : J'ai découvert le prix du livre audio qu'organise l'association Lire dans le Noir l'année dernière parce que j'ai eu la chance d'être lauréat du prix dans la catégorie nouveautés pour mon titre La Mort du roi Tsongor qui était lu par un très bon comédien qui s'appelle Pierre-François Garel et voilà, j'ai découvert un peu comme ça le prix. J'ai accepté cette année d'être parrain parce que je trouve qu'ils font un travail formidable, je trouve qu'il y a encore une marge de progression à faire auprès du public français par rapport à l'installation du livre audio dans les habitudes. Parce qu'on peut parler du public malvoyant mais ça va bien au-delà, ce n'est pas forcément uniquement pour ce public là. Donc voilà, ça m'intéresse d'être à cet endroit là, de militer petitement avec eux. C'est vrai que j'apporte peut-être [hésitation] mon nom... En tout cas, le goût et l'admiration que j'ai pour eux.

Laurent Gaudé : J'écris depuis toujours avec cette idée de la voix, et donc de la voix haute si je puis dire. D'abord parce que j'ai commencé par le théâtre et quand on écrit pour la scène ,on écrit pour des corps bien sûr mais c'est quand même dans le corps c'est beaucoup la voix, la profération, l'oralité. ça va au-delà du théâtre, j'écris toujours effectivement pour la voix, c'est à dire que j'ai besoin d'entendre la voix dans ma tête des personnages, comment est-ce qu'ils parlent, quel genre de grain de voix ils ont, alors je ne les gueule comme notre illustre Flaubert le faisait mais je les lis à voix haute en murmurant on va dire. C'est vrai qu'il y a un moment donné où j'ai besoin de travailler uniquement avec l'idée de polir le texte, d'enlever tout ce qui pourrait accrocher.

Laurent Gaudé : C'est sur que des textes qui ont été écrits avec l'idée d'oralité, ça paraît plus évident. Moi d'ailleurs c'est un petit peu mon cas, c'est vrai que j'écris volontiers avec cette idée là. Maintenant il y a des textes qui peuvent apparaître à priori extrêmement difficile à transmettre par la voix. Je pense à la recherche de Proust, je pense à Claude Simon par exemple, et pour autant, ça peut faire des très très belles lectures. Pour une raison très simple, c'est qu'à mon avis, ce qui est beau dans la lecture à voix haute, c'est justement que le comédien ou la comédienne qui fiat le passage entre le texte et l'auditeur le fait avec son intelligence. Et donc un texte qui peut être à priori difficile peut devenir limpide de l'acteur a réussi à y mettre tout son talent.

Lauren Malka : Est-ce qu'il faut être comédien pour lire un texte à voix haute ?

Laurent Gaudé : Je ne crois qu'il faille nécessairement être comédien pour lire un texte à haute voix, j'espère que non parce que je le fais et je ne suis pas comédien [rire]. Je crois que c'est deux choses différentes. Par exemple, je me suis fixé un certain nombre de règles parce que finalement je le fais souvent. Je lis mes textes à voix haute devant un public, dans les théâtres, dans les librairies. Je peux le faire que sur mes propres textes. Et ce n'est pas par narcissisme, c'est simplement parce que je m'autorise à faire ce geste là que quand il s'agit de ma langue à moi. Justement parce que je ne suis pas comédien, je me dis que là au moins, je sais peut-être un peu comment ça sonne. Et puis il y a une autre règle que je me suis fixé et qui montre bien d'ailleurs les limites en ce qui me concerne pour l'exercice, c'est que je ne peux lire des textes que lorsqu'il s'agit de monologues ou d'une voix narrative. Dès que ça dialogue trop, dès qu'il y a des personnages différents à faire vivre à travers des voix différentes, moi je m'y perds, et donc je mesure à ce moment là à quel point le travail d'un comédien est un vrai art.
Donc je pense que c'est mieux quand c'est des comédiens, et c'est vrai que je le dis parce que je l'ai éprouvé en tant que spectateur, il y a souvent une curiosité de voir comment un auteur va lire ses propres textes. C'est quelque chose que j'aime bien en tant que spectateur, aller écouter comment untel ou untel parle ou lit, parce que c'est vrai que ça donne l'impression que la musique qu'on va entendre c'est celle que lui a entendue au moment d'écrire.

 


 

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